lundi 12 février 2018

La ville palimpseste




Ville et territoire comme palimpseste

La ville et le territoire constituent des réalités que certains théoriciens, historiens et beaucoup de praticiens réduisent trop souvent à quelques paramètres là où le sensible s'impose de par  l'hypercomplexité à mettre une infinité d'informations en résonance, à la croisée des connaissances.   

Au cours des âges, l'humanité a toujours imposé ou du moins tenté d'imposer sa volonté aux lieux où elle réside et travaille, en ne cessant de les modifier pour en améliorer le rendement, donc en quelque sorte de les « récrire » - semblable en cela aux auteurs médiévaux grattant leurs parchemins pour y déployer un nouveau texte : ville et territoire, eux aussi, sont des palimpsestes.

Toute œuvre est une traque des imaginaires au travers des territoires accessibles. L'impermanence et l'immatérialité obligent une constante navigation entre les structures physiques ou construites et leurs représentations iconographiques ou descriptions écrites, suivant les époques.

Le territoire n'est pas une surface 

Trop de descriptions sont pensées en termes de surface au lieu de l’être en termes de réseaux. Le territoire comme surface est un héritage du XIXe siècle, époque où les nations se sont définies : cette dénomination signifie une aire géographique constituée dans un temps et en une contrée données, par et pour une société donnée : une telle définition admet donc, voire institue, un rapport fixe entre une étendue géographiquement définie, et le groupe social déterminé qui l’occupe : il y a correspondance bi-univoque entre cette surface et ses occupants. D’où deux caractères complémentaires : la délimitation qui protège contre l’extérieur et l’appropriation de la surface protégée : dans ces conditions, le territoire est une superficie clôturée, habitée par une société homogène. Inutile de souligner à quel point cette conception est devenue impraticable : multiculturalisme, transculturalisme, mobilité, déplacement des centres décisionnels, abolitions de maintes barrières historiques etc., nous contraignent à formuler pratiquement tous les problèmes territoriaux comme des systèmes de réseaux.

Une surface a un périmètre, alors qu’un réseau n’a que des points terminaux. Les surfaces ne se mélangent guère tandis que les réseaux, en revanche, se superposent et se combinent sans abolir les surfaces, ce qui nécessite d’inventer une dialectique capable d’en définir les relations. 
Cela signifie qu’une bonne part des instruments descriptifs doit être inventée ex novo, ceux dont nous disposons ayant été conçus pour une problématique des surfaces.
Le destin de Lesparre-Médoc dépend de ces notions de désenclavement que l'amélioration d'un réseau routier ne peut à lui seul résoudre. Il s'agit d'accéder au rayonnement suscitant la désirabilité souhaitable pour une ville dont la principale valeur pérenne reste sa position géocentrée, équidistante des deux rives et dont l'éloignement relatif à 60 km de la métropole, l'épargne d'une réquisition en réserve foncière pour la CUB.


Reste à chaque génération qui passe, la responsabilité de consacrer son talent disponible pour révéler ou pas LESPARRE-MEDOC, ville on ne peut plus palimpseste, que des esprits déconstructivistes et modernidolâtres ont malmenée depuis quelques décennies, au point de ne plus pouvoir en lire et le texte qui s'efface et l'orientation qui s'obscurcie.

Un texte a un auteur, une musique a un auteur, un tableau a un auteur, ..., une ville n'a pas d'auteur et parce qu'elle participe du bien commun, elle invite l'humain dans l'urbain, elle a juste une hauteur, une hauteur juste et justifiée par le talent des architectes et des urbanistes, qui doivent avoir l'extrême conscience de permettre l'usure lente de leur signature personnelle, à l'avantage de la ville palimpseste. 


Territoire en Cité / 6T en 6 temps:


Territoire
découvrir le lieu, matériel ou immatériel, 
le temps de l'émotion 

Terme, 
le reconnaître, le nommer, 
le temps de l'identification

Texture
l'analyser, 
le temps de l'accumulation des connaissances

Trame
l'autopsier, 
le temps de l'étude par croisement des connaissances  

Trope
l'interpréter, 
le temps de l'accueil dans sa contemporanéité 

Texte
poursuivre l'histoire à transmettre, 
le temps du chapitre


JPA pour ALV

samedi 3 février 2018

Les voeux du MEDOC à Paris



Organisés par La Maison du MEDOC, en extrémités de ce mois de janvier, les voeux du MEDOC pour l'année 2018 célébrés ce mardi depuis Paris, ont permis de réunir des élus de notre territoire, des élus de Paris et bon nombre de chefs d'entreprises. 

Les terroirs du Listracais et du Moulissois ont été particulièrement mis à l'honneur avec les vins rouges et blancs des Châteaux Fonréaud et Chasse-Spleen, accordés avec les charcuteries de Cyril Gassian de Castelnau, son incontournable grenier et son saucisson de canard au vin de Margaux, les huîtres Gigas Méduli de l'ostréiculteur Bertrand Iung de Saint Vivien, les produits de la chocolaterie de Mademoiselle Margaux, les caviars d'Aquitaine Sturia, et quelques autres découvertes gastronomiques préparées par le nouveau chef LmDm Mickael Ruban et son équipe, ont donné à cette soirée des élans tant ribeyron que landescòt.

Ce moment de convivialité a permis des échanges pertinents et des prises de paroles sur les effets de la mondialisation sur notre territoire, dans nos modes de consommation et qualité de vie. 

Qu'est-ce qu'être médocain en 2018 ? Quelle est l'identité du peuple qui occupe cette péninsule de fin des terres ? De quel patrimoine culturel matériel et immatériel disposons-nous encore pour nous construire, échanger et transmettre ? 

L'assemblage utile entre transition environnementale et transition numérique nous ouvre peu à peu la compréhension du monde tel qu'il devient et au sein duquel, les identités agri-culturelles locales doivent être entretenues.                  






jpa pour ALV 

lundi 15 janvier 2018

Calme déconstruction de la ville



La pensée désenchantée s’accorde souvent et à quelqu’échelle que ce soit, autour du constat d'un monde tenté par l’expérience du chaos, comme s’il lui fallait passer par l'épreuve révolutionnaire pour se réinventer au prix fort.

Il ne s’agit là que des conséquences d’un trop long refoulement collectif, accompagnant le manque de courage politique de la part des instances dirigeantes des dernières décennies, participant à l’accélération aveugle d’une économie bodybuldée par le "tout tout de suite" et la dictature du pas cher. On n'est jamais assez riche pour acheter pas cher.

Il nous reste aujourd’hui les ruines de l'héritage de la noblesse du monde et des territoires perdus de la république, déconstruits par le libéralisme culturel. 

Si l'on reste à l’échelle de la ville de Lesparre-Médoc qui nous lie, nous pouvons remarquer quelques épisodes marquants qui affirment bien la politique moderniste et déconstructiviste menée, qui aura forcément une résonance dans le destin de la ville et dont les décideurs devront entre autres endosser :   


la responsabilité d'avoir reconverti,
l’ancien Palais de Justice,
seul bâtiment d’autorité symbolique
républicaine du Médoc,
en centre d’animation faute d’avoir pu recruter
un dirigeant pour un centre culturel potentiel ...

adresser de fait un message liberticide, 
depuis la voix de la justice locale 
mutée en voix de comédie ...

limiter l'hypothèse culturelle du CALM 
à un espace ostentatoire, 
inapproprié et répulsif pour la jeunesse, 
comme si l'écho d'une sentence 
pouvait encore se faire entendre ... 

s'amuser d'un acronyme 
sursignifiant la somnolence installée, 
en dévaluant un bâtiment répertorié et 
potentiellement classable 
au répertoire des monuments historiques, 
rare édifice architectural dont la ville dispose 
en majesté capable de transmettre 
transgénérationnellement, 
les valeurs fondamentales et 
républicaines du maintien de notre société, … 







La.responsabilité d'avoir installé 
Brice de Nice à la place de Molière, 
dans l'étrange chassé-croisé 
des mots qui, la nuit, 
traversent la rue sans regarder, 
pour prendre leurs retraites, 
comme ce Palais de Justice 
dépourvu de robe et d'Hermine, 
allant en face se rhabiller 
en Palais du Costume, 
pendant que Molière 
en mal d'imaginaire, 
quitte 24 images secondes 
pour venir se reposer au CALM,
donner son nom en salle d'audience 
et psalmodier Tartuffe en boucle à qui voudra bien l'entendre dans un peu d'épaisseur culturelle...




L'ancien Tribunal sera ambitionné en Centre Culturel 
pour être finalement Calmé en Centre d'animation



La responsabilité de n’avoir pris
aucune décision pour le maintien
de l’équilibre fonctionnel essentiel
du coeur de ville et
de sa rue principale commerçante,
atomisée comme ailleurs
par une trop grande distribution,
en L ou C majuscule qui,
au lieu de nous vendre
un produit au prix juste,
nous vend juste un prix, ...


La responsabilité d'avoir laissé 
délibérément à l’abandon, 
pendant plusieurs décennies, 
les abattoirs de la ville 
dans un dessein malveillant 
d’obsolescence programmée,
en faisant le jeu des lobbies 
centralisateurs sur Bazas, 
là où on nous parle 
de protection animale 
tout en favorisant 
le stress de son transport indigne et, 
par delà, la disparition programmée 
de la filière des éleveurs, …




Toutes ces actions d’un point de vu global, convergent et participent à la perte de l’identité locale du peuple médocain qui peu à peu, obéit comme ailleurs, aux ordres de la consommation en achetant majoritairement des produits industrialisés.

Bien d’autres faits participent de cette lente déconstruction, conduite par les responsables politiques successifs qui n’ont souvent même pas conscience d’être eux mêmes instrumentalisés, puisque eux aussi poussent le jacaddy.



Retenons pour exemple:

le plaisir non contenu de ceux qui ont fait disparaitre d’un coup de pelle mécanique, 

la piscine Tournesol 
en un touché-coulé expéditif, 
sans accorder le moindre intérêt 
aux dossiers 
de réflexion patrimoniale 
et de reconversion potentielle 
qui leur avaient été soumis, 
préférant hacher menu 
et jeter dans la benne à ordures,
plutôt que d’inviter 
quelques municipalités françaises 
détentrices de cet objet 
iconique du XX°,
celles qui maintiennent encore 
l'entretien de leur piscine Tournesol, 
à venir récupérer certaines pièces                                                                                              et faire d'un geste éco responsable, un élément de communication.




La notion patrimoniale locale semble animée par des critères de sélection parfois bien antérieurs à 1905, là où maintenir, certes de façon juste et légitime, mais tout de même sous couvert d’une certaine caution morale et d’un zeste de culpabilité cultuelle, des églises désormais inoffensives, il s’agit aujourd’hui d’ouvrir comme à chaque époque, le champs des sensibilités envers le patrimoine matériel en le rendant indissociable du patrimoine immatériel.

 Dans notre époque autobagnolée, où la moindre 2CV camionnette suscitera toutes les attentions et les convoitises de ses enfants mal grandis, il s’agit de nourrir l’effort de compréhension et de perception collective à porter sur ce qui pourrait devenir utile à la construction de ceux qui ne sont pas encore nés.



En leur temps, 100% des parisiens souhaitaient que la tour Eiffel soit démolie, 140 ans après, la valeur symbolique de l’édifice fait consensus, indépendamment de savoir si c’est beau pour les uns ou laid pour les autres, avec souvent le bon gout des uns comme dégout des autres. Les valeurs patrimoniales s'anticipent toujours en résistance face aux pulsions existentielles modernistes.



La culture n’a que faire des subjectivités préférentielles d’une éphémère expression esthétique, et ne doit répondre à l’homme que lorsqu’il se demande ce qu’il fait sur terre.   


Ici comme ailleurs, les peuples se sont humiliés eux mêmes en adhérant à la dictature sourde du commerce dérégulé. La technique de lente déculturation qui prend comme cheval de Troie, l’animation synesthésique maquillée du vernis culturel, abouti immanquablement à la confusion des genres entre Culture et Animation, ce que ALV s'évertue à dénoncer depuis longtemps.



La politique culturelle est l’expression même du courage politique au présent.

Notre présent en MEDOC comme ailleurs et peut-être plus qu'ailleurs, 
passe par l’expression de l’EXCEPTION AGRI-CULTURELLE, 
vecteur d’identité, de conscience commune, de lien social, de santé publique, 
de résistance solidaire et de source d'autonomie face à la colonisation globalisée 
et ses deux armes de destruction massive, étalées sur deux siècles: 

le sucre au XIX° et le pétrole au XX°.
  


"Chaque génération se croit vouée à refaire le monde, 
la mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas, 
mais sa tâche est peut être plus grande, 
elle consiste à empêcher que le monde se défasse." 

Albert Camus / discours du prix Nobel 1957 



jpa pour ALV 









mardi 2 janvier 2018

On a le temps qu'on fait




 Le village mondial en 5 catégories sociales 

Pain quotidien, un pour Riches et un pour Pauvres avec au milieu, une fine tranche de classe moyenne de "gens bons",  tel est le triptyque de la société dans laquelle on nous demande de nous situer. Passer seulement d'une perception de 3 à 5 catégories, permettrait de décrypter plus clairement la dérive des plaques économiques allant jusqu'aux fusions par remembrement, comme dans la gestion d'un méta parcellaire foncier. 

Les pauvres sont aujourd'hui de deux catégories: Pauvres et Tavailleurs pauvres, ceux qui n'ont rien d'autre que ce que l'on veut bien leur donner et ceux qui n'ont plus l'espoir de s'élever par le fruit de leur travail. Dans ces deux cas, ceux qui n'ont rien et ceux qui n'accèdent plus à rien, finissent par avoir le sentiment commun de n'être rien.

Les riches sont aussi de deux catégories: Riches aisés et Très Riches, ceux qui vivent confortablement en prospérant ou à minima en se maintenant & ceux qui ont été propulsés par le souffle de la démesure exponentielle, créant une poignée d'individus, une centaine tout au plus, possédant plus de la moitié des richesses de la terre.

Au centre  de notre société, entre doubles riches et doubles pauvres, il y a donc ceux de la classe moyenne, ceux qu'il n'y a pas si longtemps encore, occupaient pour la plupart la position des "presque riches aisés", quand il n'y avait pas encore de travailleurs pauvres. A force de supporter la surcharge, ceux de la classe moyenne sont en passe d'être déclassés en "presque travailleurs pauvres", pendant que les riches aisés dévissent à leur tour en une nouvelle classe moyenne informe, sauf pour quelques uns accédant in extrémis au cercle de plus en plus rétréci des très très riches, qui s'enrichissent un peu plus par la défiscalisation institutionnalisée à l'échelle internationale.



La démographie mondiale galopante participe de ces accélérations du progrès, provoquant des  mouvements sociaux, culturels, migratoires, qui viennent interroger la politique internationale dans la gestion et la répartition des richesses, sauf à ce que les très riches aient déjà pu acheter le pouvoir par la puissance de l'argent, ce qui serait loin d'être une nouveauté. 

Face à ce constat, il faut donc se préparer à ce que ces phénomènes génèrent des très riches de moins en moins nombreux mais de plus en plus riches, pendant qu'il y aura de plus en plus de pauvres quant à eux de plus en plus pauvres, la classe moyenne n'étant plus qu'un sas de décompression, une salle d'attente du désenchantement.


Quelques chiffres pour la France:

37,4 Millions de foyers fiscaux dont 17,1 Millions imposables.

6500 personnes très riches (revenus mensuels à partir de 50 K€ avec un patrimoine immobilier de plusieurs millions d’€uros).
343 000 foyers assujettis à l’ISF pour 5,2 Milliards d’€uros de recettes sur les 230 Milliards de budget nécessaire au fonctionnement de l’Etat.

Quelques chiffres pour Lesparre-Médoc:

Evolution sur une décennie de la dette de la ville par habitant: 
264 € en 2007 et 1051 € en 2017 (858 € en moyenne nationale)


Dette locale multipliée par 4 en 10 ans 
pour une ville en régression chronique. 



Faute de politique de ville murement engagée, l'errance sociétale s'installe par le manque d'identité locale et creuse le déficit faute de ressort économique face aux charges fixes et à la baisse de qualité du cadre de vie.   


                  ON A LE TEMPS QU'ON FAIT 

Dans la dévaluation des classes, le Tribunal du goût de l'impensée dominante participe de l'acculturation, venant déconstruire en quelques décennies ce que d'autres ont bâti sur plusieurs siècles. Il faut donc aller vite en agissant pour que ça se voit, là où Bergson nous conseille d'agir en homme de pensée et de penser en homme d'action.

Nous vivons dans la société du spectacle où on aime changer car le changement divertit. La continuité ennuie et nécessite des efforts d'entretien partagé pour être évolutive. Pour se divertir, on jettera aujourd’hui ce que l’on adorait hier, en étant prêt demain, à aimer ce que l’on prétend détester aujourd’hui. 



La société du spectacle prolifère par la consommation et le marketing. Pour vendre il faut séduire, captiver, retenir l’attention sans effort, en proposant sans cesse des produits nouveaux et cela vaut pour la politique comme pour la culture. Afin d’être innovants et vendeurs, donc éligibles, les politiques n'ont aucun problème pour défendre une idée aujourd’hui contre laquelle ils étaient hier. 

René Girard explique que tout mythe 
sert à cacher la violence. 

Avec la nouveauté et le progrès c’est le cas. On est fasciné par la nouveauté, la modernité, parce qu'elle permet d’être violent envers le passé d’une façon civilisée. La nouveauté rend souvent aveugle des champs de perspectives que l'innovation révèle.  


À la Révolution Française, ceux qui ont voulu prendre le pouvoir et dominer le monde se sont cachés derrière le mythe de la Révolution et du changement. Ils se sont présentés comme les amis du genre humain, désireux de changer le monde pour améliorer la condition humaine. En réalité, assoiffés de pouvoir et de domination, ils ont montré leur vrai visage avec la Terreur. 

Ce qui vaut pour la Révolution, vaut pour la nouveauté et l'accélération d'un progrès moderniste qui n'a de cesse que de déconstruire le monde tel qu'il est dans l'expression de sa contemporanéité, chaque époque se devant d'être le maillon d'un continuum, au bénéfice d'une vie meilleure pour ceux qui suivront. 





L'art n'échappe pas à la règle, surtout depuis qu'il est dissocié de sa substantifique quête du sacré. Ceux qui veulent prendre le pouvoir et dominer le monde, créent jusqu'à être connus et reconnus puis se présentent comme les amis du nouveau, l'oeuvre devenant l'arme de la violence civilisée. L’art devient alors de plus en plus provoquant, de plus en plus destructeur, de plus en plus déconstruit, au point de vider l’art de l’art lui-même, de sa fonction de transmission comme témoin sur le temps long. Bien sûr, tout cela se fait au nom de la création et de la nouveauté en imposant par la doxa, la géniâââlitude pour tout le monde. 



Idem pour le progrès. Pour prendre le pouvoir, on annonce le progrès et pour justifier le progrès, on invente un concept commode : celui de destruction créatrice, concept forgé par Schumpeter. Le progrès permet comme le nouveau, la violence civilisée, car il est impossible d'être contre, sous peine d'être taxé de régression et d’archaïsme. On se tait, on subit, la violence civilisée le sait et elle en use en fabriquant un monde de faux blasés, les àquabonnistes, fatigués par le bruit des propagandes, nous remisant à l'écart du merveilleux qui animait notamment la capacité d'abstraction au Médiéval



Pour être blasé, encore faut-il avoir un certain sens de l’ennui, pour que l'absolu délivré du sujet puisse accéder aux conclusions que la logique ne peut atteindre. 

Le monde ballotté par le nouveau dans l'accélération du progrès ne peut donc pas être blasé, il est juste hagard en ne comprenant plus ce qu’il vit, peut-être parce qu'il n'est plus nourri.



Dans quelques temps, 
quand les esprits contraires seront atones, 
le Médoc Mémoire du Monde 
offrira comme une rareté ce qui a toujours été.

On viendra en fin de terres, 
assister entre autre à de grands concerts de Mahon, 
où la justesse du bruit blanc, 
 régénère les sens et grandi l’âme des vivants … 

écoute, écoute … 
dans le silence de la mer … 
il y a comme un balancement … 
qui met le coeur à l’heure ...


jpa pour ALV 

samedi 16 décembre 2017

Le printemps en Hiver





Le printemps en hiver, 
c’est agréable, 
mais catastrophique pour la nature. 


Depuis plusieurs années, 
le printemps devient de plus en plus précoce, 
avec des températures bien au-delà 
des normes de saisons.

Si c'est agréable pour les vacanciers, 
des scientifiques arguent que 
c'est un désastre pour la nature.

La plupart de nos techniques agricoles ont été élaborées dans la 2e moitié du XXe siècle, lorsque le climat était relativement stable. Il y avait bien entendu des années exceptionnelles, mais elles étaient par nature rares. Là, avec les effets du changement climatique, on cumule années après années les records, à chaque saison. 

Ce printemps sera, paraît-il « le plus chaud depuis 1899 ». On sait que les scientifiques restent réticents à attribuer au seul dérèglement climatique la survenue d'un événement météo extrême quel qu'il soit, mais, quand même, quelle succession depuis 10 ans !

Au mois de février, la Nature se remet rapidement en mouvement, la faune et la flore sortent de leur mode d'hibernation et rentrent en phase active, et les fleurs poussent partout. Mais si nous ne sommes qu’en février, bien entendu, on risque d’avoir des gelées, peut-être sévères, en mars et avril, qui vont tuer le processus. Résultat : on aura bien eu des fleurs, mais peut-être pas de fruits !

Autre possibilité : il n’y a pas de gel du tout, et finalement le pouvoir assainissant de ce gel disparaît, celui qui en quelque sorte « remet les compteurs à zéro » chaque année. Et, dans ce cas-là, on aura une prolifération très préoccupante de parasites et autres prédateurs. Si ça se trouve, pour sauver les récoltes, on devra alors abuser des herbicides, insecticides et fongicides ; l’agriculture « chimique » si décriée va redémarrer de plus belle partout où elle le pourra, et la bio aura, elle, de mauvais rendements !

Les équilibres naturels sont très sensibles ; quid de la floraison avancée de 2 ou 3 semaines et de leurs pollinisateurs s'ils ne sont pas encore nés ou en activité ? Si la précocité de la floraison modifie les signaux qu’envoient les fleurs pour attirer leurs insectes attitrés (couleurs, odeurs, etc.), là aussi, on aura plein de fleurs mais peu de fruits !

Et les agriculteurs vont avoir également des problèmes de main d’œuvre, les ouvriers saisonniers n'étant pas encore arrivés pour effectuer les travaux de taille des arbres fruitiers par exemple.

D’une manière générale, il faut bien se rendre compte qu’en matière agricole, le mauvais temps, c’est quand le même temps dure longtemps. La pluie n’est pas mauvaise en soi, le soleil non plus, mais en période intermédiaire comme celle de la fin de l’hiver, un mois de pluie non-stop ou un mois de soleil non-stop, c’est dans les deux cas une catastrophe !

Et le temps de mai en février, ça veut également dire que les pollens vont commencer à pulluler bien plus tôt que d’habitude. Les 20 % de français qui sont allergiques aux pollens risquent de payer cher ces températures au-dessus des moyennes de saison.

Lorsqu'on voit arriver des grues cendrées et autres oiseaux migrateurs, à une date complètement inhabituelle, rien de prouve que cela se passe sans dommage et que certains déséquilibres majeurs n’apparaissent dans la chaine alimentaire ! Au bout de quelques années d’hivers chauds d’ailleurs, certaines espèces deviennent partisanes du moindre effort et cessent purement et simplement de migrer et deviennent sédentaires. On a même observé des migrations en sens inverse !

Côté abeilles, les ruches se réveillent et les reines commencent à pondre. Les apiculteurs leur donnent du sucre pour aider à passer l’étape, car s’il y a trop de larves à prendre en charge et pas assez d’abeilles pour le faire, elles peuvent s’épuiser et mourir. Si la reine a commencé à pondre trop tôt, elle peut également s’épuiser à la tâche et sa longévité peut être raccourcie.

Le changement climatique favorise les espèces invasives qui sont souvent plus aptes à modifier en tant que de besoin leur date de germination, de floraison et de fructification. Les espèces moins flexibles, et singulièrement les variétés sélectionnées pour leur grande productivité, sont en général plus rigides, plus fragiles et moins flexibles ; elles peuvent décliner, parfois jusqu'à l'extinction.

Certaines espèces exotiques pourraient ainsi bénéficier des nouvelles conditions climatiques et de la disparition des espèces natives, pour devenir envahissantes alors qu’elles ne l’étaient pas auparavant. Par exemple, on a vu depuis 2014, que la production européenne d’huile d'olive (qui représente 73 % du total mondial) est extrêmement menacée par des attaques bactériennes et d’insectes parasites favorisées par une succession d'été chauds et humides. 


De même, des arbres qu’on croyait durablement installés et emblématiques dans leurs régions, comme les palmiers de la Côte-d’Azur ou les platanes de Midi-Pyrénées commencent à subir les attaques dévastatrices du charançon rouge tropical ou du chancre coloré. Le buis lui-même, qui ornait les jardins « à la française » depuis des siècles, est carrément menacé par la pyrale, tandis que la chenille processionnaire du pin qui cause de sévères dégâts aux résineux et des problèmes allergiques pour l’homme ne cesse de remonter vers le nord.

La carpocapse de la pomme passe de deux à trois générations par an dans le sud-est, la troisième génération étant rendue possible par l’augmentation de 25 % du nombre de jours où la température dépasse les 10°. L’encre du chêne profite largement de la diminution du froid hivernal. La maladie de Lyme, dont on découvre qu’elle provoque des dégâts considérables dans la population, ne cesse de s’étendre avec la prolifération de la tique.

Côté élevage, des maladies tropicales commencent à se développer dans nos contrées autrefois tempérées, par exemple la fièvre catarrhale ovine, la peste équine, la fièvre de la vallée du Rift, la fièvre du Nil occidental, la leishmaniose, la leptospirose, etc.

Et ne parlons pas des risques de voir les invasions de criquets se répandre au nord de la Méditerranée, avec les désastres écologiques que provoquent ces nuages de dizaines de millions d’insectes qui peuvent parcourir 200 Km en une journée, dévastant la flore naturelle et les champs cultivés. L’histoire nous relate nombre d’invasions de ce type en Europe, et il n’y a pas de raisons que nous en soyons durablement épargnés.

B. Parmentier